Près de 3 000 km à pied et plus de 10 000 km à vélo, c’est ce qu’il a parcouru depuis qu’a commencé sa moisson de médailles et de trophées, voilà huit ans. Originaire de Saint-Lô, Stéphane Ruel a toujours vécu dans la Manche, de Cherbourg au Pays coutançais, où il réside avec sa femme et leurs deux fils, tous mordus de sport. Son premier souvenir de longue distance remonte à ses 12 ans et la maison de ses vacances, dans le Cotentin. « Dès mon premier vélo, je montais le Mont Doville ». 20 km chaque matin avec son frère et puis un jour, il part seul. De La Haye-du-Puits, il ira jusqu’à Cherbourg,happé par la route. « J’ai pris le virus du vélo à partir de là et les bêtises ont commencé.», s’amuse-t-il. Les bêtises, pour ce directeur financier d’un centre hospitalier de la Manche, ont le goût du grand air et du contact avec une nature qui lui est indispensable, où l’exploit n’a de sens que parce qu’il lui permet de « se faire plaisir ». Licencié au club cycliste haytillon de 1988 à 1994, il se découvre vite une prédilection pour l’endurance, « je suis plus un bon vieux diesel qu’un turbo ». Déjà, il se distingue sur des épreuves comme la Bernard Hinault de Bretagne, qu’il termine 150e sur 5 000.
Dès 4 h du matin
Après une parenthèse due à ses débuts en paternité, le virus le rattrape en 2003. Bordeaux-Paris, Raid Provence Extrême, 24 h du Mans solo… aucune distance ne vient à bout de ce sportif hors normes, qui accumule les premières places et parcourt les 598 km du Tour de la Manche en 21h30. Pour ce « pur Manchois fier de l’être », qui pédale aux quatre coins de la France, rien ne vaut ceux de la Manche. « Je peux dire qu’on a un joli département ! Une vraie qualité de vie. » Tous les 15 jours, fuyant les plats et recherchant les « passages difficiles », Stéphane remonte le long de la côte ouest jusqu’au phare de Goury, par la baie d’Écalgrain, ou descend jusqu’à Vire, par Sourdeval.
Ses entraînements commencent dès 4 h du matin. « Voir le soleil qui se lève, c’est magnifique ! J’ai la chance d’être un petit dormeur et je préserve ainsi ma vie de famille. » En semaine, il prend son travail dès 5 h, pour libérer ses après-midis et se consacrer à sa passion. Quand la météo le contraint, il troque les grands espaces contre son home trainer, relié à un ordinateur simulant entre autres le Mont Ventoux, qu’il avale en 1h25.
Des conditions extrêmes
Alternant la petite reine avec le footing un matin sur deux, c’est naturellement qu’il vient à la course à pied en 2006. Ses facultés de récupération sont telles qu’il enchaîne trois marathons en un mois, passant sous les 3 h et laissant pantois jusqu’à son médecin. « Je ne cherche pas le chrono, je ne pousse pas mon corps jusqu’au bout. », s’excuse-t-il presque, conscient de sa « chance d’être bien portant ». Heureux de courir le Marathon du Mont-Saint-Michel aux couleurs de la Manche, il préfère sacrifier cinq minutes aux blessures qui guettent et privilégie l’ambiance, « la convivialité ».
Testeur du circuit du Raid de l’Archange, le plus grand de France, qui relie la Merveille à Beaumont-Hague, il finira en tête cette Barjo qui porte bien son nom, en 45 h, sans dormir, dans des conditions extrêmes ! « C’est le mental qui compte. Jusqu’ici je n’ai jamais abandonné. »
Sur le tableau des épreuves de course à pied qu’ils ont édité, ses fils lui ont fixé un objectif : courir son 50e marathon pour ses 50 ans. Une formalité pour cet homme simple et discret, qui veut désormais s’investir dans une association, pour mettre ses performances « au service des autres ».
Source : Manche mag' n°33 - Octobre-novembre 2012