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Energie : la vache !

Bernard Houssin et Astrid Hardy ouvrent les portes de la ferme expérimentale de la Blanche Maison à Pont-Hébert - Photo : M. CartierBernard Houssin et Astrid Hardy ouvrent les portes de la ferme expérimentale de la Blanche Maison à Pont-Hébert - Photo : M. Cartier
A première vue, c’est une ferme comme les autres que nous font découvrir Astrid Hardy, ingénieur en agriculture et Bernard Houssin, Directeur du site.
Mais les coulisses de la visite révèlent des innovations qui placent l’enjeu énergétique au cœur du travail de recherche entrepris sur la ferme

Quelles sont les sources d’énergie dont on peut tirer parti dans une exploitation d’élevage ?

Éolien, solaire, bio carburants, bois, méthanisation des effluents d’élevage, récupération de chaleur du lait ou de l’aire paillée des vaches … En théorie, toutes les technologies s’appliquent à cette activité. Pourtant, à l’échelle d’une exploitation, l’innovation se doit d’être concrète et transposable pour avoir valeur d’exemple.

La ferme expérimente une combinaison de deux sources d’énergie : pompe à chaleur et solaire pour produire l’eau chaude nécessaire au chauffage et au nettoyage des installations de l’exploitation.

La récupération de chaleur dans l’étable, c’est une innovation transposable ?

Partout où il y a des animaux en stabulation, la fermentation de la paille dégage une chaleur constante de 35 à 38°. Cette chaleur naturelle peut être récupérée.

Le principe et la mise en œuvre sont assez simples. Il s’agit d’un faisceau de tuyaux contenant du liquide caloporteur installé sous l’aire paillée. Ces tuyaux sont reliés à une pompe à chaleur qui produit de l’eau chaude.

Cette expérience unique à notre connaissance, pourra certainement être dupliquée. Pour l’instant, l’heure est à l’expérimentation.

vaches à la ferme expérimentale de la Blanche-Maison - Photo : M. Cartier

La chaleur du troupeau récupérée sous l’aire paillée - Photo : M. CartierLa chaleur du troupeau récupérée sous l’aire paillée - Photo : M. Cartier

Quels en sont les inconvénients ?

L’installation vient d’être achevée dans de bonnes conditions. La principale difficulté du chantier a résidé dans la recherche d’une protection efficace des tuyaux placés à faible profondeur sous une aire où le tracteur passe quotidiennement pour épandre la paille et une fois par mois pour curer le fumier. La solution de poser des rangées de parpaings afin de constituer un repérage physique et visuel est née de la réflexion de l’équipe.
Pour l’instant, l’eau chauffée par la pompe ressort à 65° ce qui est satisfaisant. L’expérimentation montrera si le système fonctionne bien et fournira des références sur le rendement de cette pompe à chaleur.

Dans le même temps, nous mesurerons la dynamique des échanges de chaleur dans le fumier : puisqu’on en extrait des calories. La diminution de la température permettra peut être de diminuer la prolifération microbienne et les risques sanitaires (mammites).

La ferme compare l’alimentation foin/ensilage de maïs. Cette expérience nécessitant le séchage de l’herbe n’est-elle pas gourmande en énergie ?
 
Notre installation permet de sécher les 1200 m3 d’herbe nécessaire à l’alimentation hivernale de 30 vaches. Une simple couverture en fibrociment noir de la grange sert de capteur solaire et permet de réchauffer de 6° environ l’air du double toit. Propulsé sous le foin par de gros ventilateurs l’air chaud débarrasse l’herbe de son humidité. Ainsi, le séchage s’opère-t-il de manière naturelle évitant toute fermentation.

Ce système de séchage est-il répandu ?

Ce mode de conservation de l’herbe permet d’offrir une alimentation d’excellente qualité au troupeau puisque c’est un fourrage jeune et vert qui est fauché, conservant toutes ses qualités nutritionnelles. Une vingtaine d’éleveurs bas normands ont compris l’intérêt de ce système et retrouvé les avantages d’une alimentation au foin de qualité.

Et la chaleur du lait ?

Elle est intéressante, elle aussi. Un échangeur coaxial  permet au lait d’être refroidi avant son entrée dans le tank, grâce à un échange thermique avec de l’eau froide. Ce système vient d’être installé en amont du tank qui conserve le lait à une température de 4°C. Ces quelques degrés perdus permettent d'économiser de l’énergie et d’autre part, d’offrir une eau de boisson  tiède au troupeau.

Pourquoi vouloir une eau de boisson plus chaude ?

Les références sont inexistantes à ce sujet… Il semble qu’une eau à 20° favorise l’abreuvement et augmente la performance laitière. Cette expérimentation qui débute devrait en intéresser plus d’un…

L’échangeur coaxial refroidit le lait avant son entrée dans le tank à lait - Photo : M. CartierL’échangeur coaxial refroidit le lait avant son entrée dans le tank à lait - Photo : M. Cartier

Quel est l’avenir de l’énergie solaire dans le secteur agricole ?

C’est bien sûr une énergie gratuite qui a aussi de l’avenir … Exposés au sud, de nombreux  bâtiments agricoles disposent d’une surface adaptée pour l’installation de panneaux photovoltaïques. Cette énergie utile à l’exploitation constitue aussi une source de revenus lorsqu’elle est revendue à des opérateurs d’électricité.
La ferme expérimentale prévoit l’installation prochaine de panneaux photovoltaïques sur une surface de 100 m2.

La finalité de cette opération sera la démonstration, afin que la ferme devienne un « pôle énergie » utile aux visiteurs en quête de références.

La ferme de demain produira plus d’énergie qu’elle n’en consomme ?

Demain, nos recherches s’orienteront peut-être vers la méthanisation des effluents d’élevage pour produire de l’électricité et réduire les émissions de gaz à effets de serre.

La Manche est consciente du rôle prépondérant que peut jouer le secteur agricole par rapport aux enjeux de société et notamment des énergies renouvelables.
Les pistes à explorer sont encore nombreuses, même si les investissements se révèlent très lourds.

Cadre

Les travaux et les équipements de récupération d’énergie et d’énergies renouvelables (aire paillée, tank à lait, séchoir solaire, panneaux thermiques et photovolaïques) sont financés au travers du Pôle d’Excellence Rurale Ecosite du Fleurion, par l’Etat, le Département de la Manche, la Région et l’ADEME Basse-Normandie dans le cadre d’une conventione entre le PNR des Marais du Cotentin et du Bessin et de la Préfecture de la Manche.

Cette expérience s'inscrit dans le cadre de la Charte de développement durable de la Manche, Planète Manche, Défi énergie et changement climatique : en savoir plus