Abonnementx

Vous devez être identifiè pour avoir accés à vos abonnements.

devenez ambassadeur de la Manche

L’esprit des lieux

F. Toumit - Photo : M. CartierF. Toumit - Photo : M. Cartier
Comment s’exprime la dimension environnementale dans la gestion d’un site patrimonial ?

La prise en compte du développement durable dans un musée ou un monument historique est peu liée à l’action culturelle par elle-même mais plutôt à la gestion du site et aux services que nous offrons aux publics. Chaque lieu fait l’objet d’une réflexion spécifique en cohérence avec nos contraintes de conservation, nos objectifs de médiation et la qualité de l’accueil et de l’accessibilité des différents publics.

Cela a commencé par une réflexion sur les aménagements extérieurs, premier contact du visiteur avec le site. On ne traite pas de la même manière une aire de stationnement ou de pique-nique ou encore un cheminement piéton sur le site de l’abbaye de Hambye et celui la batterie allemande d’Azeville.


Vous voulez dire qu’auparavant, tous les espaces étaient gérés de la même façon ?

Oui, c’est ce que j’appelle le syndrome « green de golf ». L’important était de faire « propre », pas un brin d’herbe ne devait dépasser, sans rechercher la cohérence avec l’environnement du lieu et avec son intérêt patrimonial.

Par exemple, le parc de stationnement de la maison natale du peintre Jean-François Millet à Gréville-Hague vient d’être réaménagé. Il organise aujourd’hui les services offerts au public en s’appuyant sur une ambiance paysagère cohérente avec le site : structuration par des haies, petit boisement à base d’essences régionales, liaison avec le village, signalétique intégrée. Un plan de gestion respectant les végétaux par des tailles douces, limitant les pesticides et minimisant les interventions est désormais mis en œuvre par une entreprise d’insertion.

L’esprit des lieux

Ce sont surtout les espaces extérieurs qui sont concernés ?

A l’intérieur des sites, dans nos espaces muséographiques et d’activités, des mesures d’efficacité énergétique sont engagées, comme pour tous les bâtiments gérés par le Conseil général. Nous sommes également dans les musées des grands consommateurs d’éclairage. Des nouveautés technologiques permettent de diminuer la consommation électrique : nous avons en 2007 installé pour la première fois des spots muséo à LED répondant à nos contraintes de conservation des œuvres. Nous posons également des détecteurs de présence afin de ne pas éclairer nos salles quand il n’y a pas de visiteurs. 

En fait les problématiques patrimoniales rejoignent en beaucoup de points celles liées à l’environnement et au développement durable. Elles présentent les unes et les autres un ancrage territorial, sont  liées à l’activité humaine, possèdent une histoire qu’il faut intégrer pour comprendre les enjeux d’aujourd’hui, nécessitent à la fois de mesures de préservation et des actions de médiation et de sensibilisation auprès des publics.

Enfin les deux domaines ont longtemps été considérés comme des discours passéistes voulant revenir à la chandelle et à un âge d’or rural mythique ou gérant des musées « poussiéreux » et des « vieilles pierres » ! Heureusement les choses ont bien changées, et la modernité est aujourd’hui du côté de ceux qui portent le discours équilibré du développement durable et de la pleine intégration du patrimoine dans le développement local. 

Cadre

Maison natale Jean-François Millet - Photo : M. Cartier

Maison natale Jean-François Millet 
Intégration paysagère et gestion environnementale :
- aires de stationnement intégrées par des haies basses
- paillages en feutre biodégradable
- utilisation de végétaux régionaux
- liaison avec le hameau grâce à une placette intégrant le buste du peintre.

Cadre

Abbaye d'Hambye - Photo : M. Cartier

A l’Abbaye de Hambye, signalétique directionnelle et accessibilité des handicapés : les aménagements extérieurs allient matériaux traditionnels aux formes et matériaux contemporains pour l'information d'aujourd'hui.
 

Mais, respecter un site, n’est-ce pas conserver son caractère initial ?

Il n’y a de caractère « initial » proprement dit. Les sites patrimoniaux et les espaces naturels sont des territoires dynamiques. Cette notion de patrimoine culturel sacralisé que l’on veut figer date d’il y a un siècle et demi et c’est encore plus récent pour le patrimoine naturel.

A nous de trouver le juste équilibre pour assurer le maintien de la biodiversité dans ces milieux naturels et d’offrir aux quelques 185.000 visiteurs qui fréquentent chaque année nos monuments et nos musées un discours d’aujourd’hui préservant l’intégrité des œuvres présentées. Patrimoine et conservation ne sont absolument antinomiques de la modernité.

Un tout petit exemple : la signalétique piétonne très contemporaine en métal rouge que nous venons d’installer à l’abbaye de Hambye s’intègre parfaitement au site. Il était impensable d’essayer de pasticher un style soi-disant authentique... qui n’a bien entendu jamais existé pour de la signalétique directionnelle !  

Le visiteur perçoit il les efforts et le chemin parcouru ?

A côté des gros chantiers comme celui du chauffage des bâtiments, nous travaillons beaucoup dans le détail et dans l’impalpable. C’est comme une ligne téléphonique qui vient d’être enterrée et dont plus personne ne se souvient dès le lendemain. Pourtant le gain sur le plan paysager est indéniable.
 
Je suis très sensible à la cohérence des aménagements que nous réalisons autant vis-à-vis du lieu et du thème traité que des autres politiques mises en œuvre par le Conseil général (environnement, éducation, accès des handicapés,...). La qualité d’une ambiance tient également aux soins apportés aux détails. Ce sont cette cohérence et ce souci de qualité qui permettent de préserver ou de restaurer « l’esprit d’un lieu ». C’est ce que perçoit plus ou moins consciemment le visiteur.

A nous alors de développer des actions d’information et de sensibilisation valorisant auprès de ce visiteur l’exemplarité de ces aménagements et de leur gestion.
Beaucoup reste encore à faire mais l’intérêt du public vis-à-vis de l’environnement et du patrimoine ne peut que nous encourager à poursuivre dans cette voie.